Qu'avez-vous constaté, sur le terrain, concernant le suivi psychiatrique des SDF ?
Aujourd'hui, on estime que plus de 50% d'entre eux souffrent de troubles psychologiques ou psychiatriques. C'est à mon sens le résultat direct de la fermeture, il y a une quinzaine d'années, de nombreux centres ou services hospitaliers spécialisés où ils pouvaient être accueillis. Sur mon département, en Seine-Saint-Denis, l'établissement de Maison-Blanche, ou celui de ville-Evrard ont été fermés. A l'époque, on a opté pour une stratégie selon laquelle il ne fallait plus enfermer les malades psychiatriques, mais qu'ils pouvaient vivre à l'extérieur, en étant suivi par des consultations en ville. Or il y a une constante chez les SDF : ils ne se déplacent pas pour aller se soigner.
Que proposez-vous alors ?
Il faudrait favoriser la création de structures itinérantes, du même type que le Samu social, pour pouvoir les rencontrer, les diagnostiquer, d'une part, et aller au-delà de la première urgance, pour qu'ils puissent bénéficier d'un vrai traitement par la suite. Aujourd'hui, il faut vraiment se préoccuper de ces personnes exclues, et mettre en oeuvre des moyens pérennes pour aller au delà de l'urgence. Si de tels diagnostics pouvaient êtres faits auprès de ces populations, d'autres drames tels que le meurtre de Valentin pourraient être évités.
Vous faites un lien direct entre le manque de suivi psychiatrique de ces marginaux et ce drame ?
On ne peut pas tirer de conclusions définitives en l'état, mais il est vrai qu'elles ne faisaient l'objet d'aucun suivi de la part des autorités médicales. C'est profondément regrettable. Par ailleurs, il existe de nombreuses autres détresses psychologiques, dont les circonstances sont moins tragiques heureusement, qui, si elles étaient soignées, permettraient une réinsertion de beaucoup de SDF.